Jean-Marie DELARUE, Contrôleur Général des lieux de privation de liberté, a remis il y a quelques semaines ses premières recommandations, publiées au Journal Officiel du 06 janvier 2009, concernant la maison d’arrêt de Villefranche-sur-Saône.
Entre autres éléments soulevés, l’insécurité incroyable qui règne dans les cours de promenades, qui sont décrites comme “les lieux de tous les dangers: menaces, rackets, violence, jets de projectile, trafics… Elles sont le réceptacle de toutes les tensions et toutes les frustrations, d’autant plus vives que les détenus sont massivement privés d’activités. Le personnel ne s’y introduit jamais avec eux et surveille ces cours depuis des postes avoisinants ou par vidéo surveillance. Elles constituent paradoxalement un espace dépourvu de règles dans des établissements soumis à des normes multiples et incessantes. Elles sont, en quelques sortes, abandonnées aux détenus, qui considèrent volontiers la cour comme un exutoire au confinement en cellule et comme un marché, substitut aux privations. En cas de rixe ou d’agression, il faut attendre que les détenus aient réintégré le bâtiment pour reprendre le contrôle de la situation. Les conséquences en sont triples: le plus fort impose sa loi ; des blessures graves sont fréquemment constatées ; bon nombre de détenus refusent d’aller en promenade, de peur des agressions. Et les coupables d’infractions sont loin d’être toujours sanctionnés.”
D’autre part:
“L’attention doit être attirée évidemment sur les conditions de travail difficiles des personnels. Notamment a été constaté le découragement des personnels d’insertion et de probation (que traduit par exemple la rotation importante des effectifs), symétrique du vif mécontentement des détenus à leur endroit. (…)
La prise en charge sociale de la plupart des détenus est défaillante aujourd’hui. Il est recommandé de restaurer, par des effectifs renforcés, par un effort constant d’écoute en détention qui vaut aussi pour les conseillers d’insertion et de probation, par une meilleure prise en considération des facteurs personnels dans les commissions d’application des peines, par la réponse aux préoccupations quotidiennes de tous les détenus sans exception, la qualité de cette prise en charge. Il est également recommandé que, comme le personnel de direction, les conseillers d’insertion et de probation soient plus présents en détention, pour pouvoir tout à la fois répondre aux sollicitations et mettre en oeuvre (tout autant que suivre) des activités socio-éducatives et culturelles intéressant le plus grand nombre possible de détenus.”
Le chantier de la tant attendue Loi Pénitentiaire est immense.
L’audition qui sera faite de Monsieur DELARUE prochainement par le Groupe Parlementaire Prison et Condition Carcérale à l’initiative de mon collègue Serge BLISKO sera pour nous un temps très important pour continuer de mieux évaluer l’empleur des enjeux.